
Il y a dix ans, jour pour jour, le Kasaï était plongé dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. Le 12 août 2016, le chef coutumier Jean-Prince Mpandi, plus connu sous le nom de Kamuina Nsapu, était tué au Kasaï Central.
Sa mort allait rapidement dépasser le cadre d’un conflit coutumier local pour déclencher une spirale de violences qui allait toucher plusieurs territoires de l’espace Kasaï. Des miliciens se réclamant de Kamuina Nsapu se sont affrontés aux forces de sécurité, dans un contexte marqué par de graves violations des droits humains et de nombreuses pertes en vies humaines.
Dix ans après, le souvenir de cette tragédie demeure encore vif. Dans plusieurs familles, la mémoire des victimes reste associée aux déplacements forcés, aux destructions, aux violences et aux traumatismes laissés par cette crise.
Une justice déjà engagée, mais des questions qui demeurent
Sur le plan judiciaire, l’affaire Kamuina Nsapu avait donné lieu à un important procès devant le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Gombe. En décembre 2018, plusieurs prévenus avaient été condamnés. Douze d’entre eux avaient écopé de la peine de mort, tandis que d’autres avaient été condamnés à la prison à perpétuité ou à de longues peines d’emprisonnement.
Mais pour les organisations de défense des droits humains, ces condamnations ne suffisent pas à refermer le dossier.
Dix ans après les faits, la Société congolaise pour l’État de droit estime que la justice doit poursuivre ses efforts afin de faire toute la lumière sur les violences commises durant cette période, d’identifier toutes les responsabilités et de garantir une réparation effective aux victimes. Pour Dominique Kambala, directeur de cette organisation, le devoir de mémoire doit aller de pair avec la recherche de la vérité et la justice.
Une mémoire pour prévenir la répétition
L’anniversaire de la mort de Kamuina Nsapu constitue ainsi un moment de recueillement, mais aussi de réflexion sur les conséquences des violences dans l’espace Kasaï. Dix ans après, la mémoire de cette crise rappelle une évidence : au-delà des chiffres et des procédures judiciaires, ce sont des vies humaines qui ont été brisées.
Le souvenir de Kamuina Nsapu et des nombreuses victimes de cette période continue donc de poser une question essentielle : comment construire une paix durable lorsque toutes les responsabilités ne sont pas encore pleinement établies et que les victimes attendent toujours justice et réparation ?
En ce 12 août 2026, le Kasaï se souvient. Et avec lui demeure l’exigence de vérité, de justice et de réconciliation, afin que les violences du passé ne deviennent jamais celles de demain.
Sylvain Fizé Mukadi
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