Mwene-Ditu : Mbayo Vision et son film Princesse Mulanga, un réalisateur kasaïen qui croit au pouvoir du cinéma malgré les obstacles

Mbaya Franck Tshinvundu, plus connu sous le pseudonyme de Mbayo Vision, est l’un de ces jeunes talents du Kasaï qui se battent, avec courage et persévérance, pour imposer le cinéma comme vecteur de culture et de sensibilisation.

Le surnom Vision, qu’il porte fièrement depuis 2014, lui avait été attribué à cause de son regard créatif et de son sens du détail, notamment dans le filmage et le travail sonore, au point que ses proches l’appelaient “la vision de l’aigle”.

Mbayo vision en plein tournage

Des débuts modestes mais passionnés

Originaire de la province de Lomami et né à Mbujimayi, Mbayo Vision découvre sa passion pour la cinématographie en 2013. Sans matériel professionnel, il se lance dans le filmage à l’aide d’un simple téléphone Samsung Galaxy S3. Ce qui pouvait passer pour un jeu est vite devenu une vocation.

Son premier grand essai fut le film Le prix d’une infidélité, réalisé en français. Bien que l’œuvre n’ait pas rencontré un succès retentissant, elle marquait déjà la volonté de ce jeune réalisateur de s’affirmer dans un secteur encore peu valorisé au Kasaï. Une autre production en français avait été entamée mais n’a pas pu aboutir suite au départ de l’actrice principale.

« Princesse Mulanga”, le film qui fait parler de lui après « Ya Mujinga »

La consécration, ou du moins la reconnaissance populaire, est arrivée d’abord avec son film « Ya Mujinga » Avant Princesse Mulanga. Ce dernier, diffusée sur les réseaux sociaux, l’œuvre continue de susciter des réactions, des partages et des commentaires.

Dans un échange téléphonique accordé à Zoominfos.net, Mbayo Vision s’est livré à cœur ouvert sur les défis et les ambitions qui entourent ce projet. Selon lui, le succès de ce film après celui de « Ya Mujinga », n’est pas seulement le fruit de son imagination et de son savoir-faire, mais aussi du sacrifice collectif des acteurs et actrices. « Ce sont eux qui se sont cotisés pour que le tournage ait lieu », confie-t-il, insistant sur le fait que ce projet était avant tout porté par une volonté commune de donner une visibilité à la culture kasaïenne.

Cependant, la sortie d’une deuxième partie, tant attendue par les internautes, demeure incertaine. Elle nécessiterait un budget conséquent, difficile à réunir dans un contexte où le cinéma local souffre d’un manque criant d’appui financier et matériel. « Les acteurs ont déjà commencé à se cotiser, mais cela reste insignifiant. Nous avons besoin de personnes de bonne volonté pour aller plus loin », plaide le réalisateur.

Des obstacles socioculturels persistants

Au-delà des difficultés financières, Mbayo Vision déplore une autre réalité qui mine l’essor du cinéma au Kasaï : la perception négative du métier d’actrice. « Beaucoup pensent que les actrices sont toutes des prostituées. Cela décourage certaines filles qui préfèrent abandonner les tournages », regrette-t-il.

Il évoque également les défis liés à la langue française, indispensable pour élargir l’audience de ses films. Le faible nombre d’acteurs maîtrisant correctement cette langue, et parfois l’orgueil de ceux qui la parlent bien, constituent un frein. À cela s’ajoute la question de la traduction, souvent conditionnée par des moyens financiers inexistants.

Un appel à l’accompagnement

À travers son parcours, Mbayo Vision illustre l’histoire d’un passionné qui, malgré le manque de moyens, continue de croire que le cinéma peut devenir un outil d’éducation, de sensibilisation et de rayonnement culturel.

Mbayo vision encore en plein tournage

Pour lui, Princesse Mulanga n’est qu’un petit geste. Avec un soutien adéquat, il ambitionne de porter le cinéma kasaïen au-delà des frontières congolaises et de changer le regard de la société sur cet art.

« Le cinéma est un miroir. Nous avons besoin d’y voir nos réalités, nos traditions et nos défis. Mais pour cela, il faut que les autorités et les mécènes s’y intéressent », conclut-il lors de son entretien avec Zoominfos.net.

Sylvain Fizé Mukadi

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